Écouter pour parler?

crop unrecognizable female psychologist and patient discussing mental problems during session

Tu as sûrement déjà entendu la phrase: « On a deux oreilles et juste une bouche, on devrait donc écouter deux fois plus qu’on parle ». C’est avec un peu d’énervement je l’avoue que je constate trop souvent que des gens ont dû lire la phrase de travers. C’est alors « qu’écouter pour écouter » se transforme en « écouter pour parler ». Tu l’as déjà vécu, c’est sûr. Ça ressemble à:


En revenant de son cours de yoga, Humain #1 file un mauvais cotton et a envie de partager à Humain #2 une annecdote qui l’a contrariée. Voici comment ça se passe (ou en fait, voici comment ça ne se passe pas). 

Humain #1 – Tu devineras jamais ce qui m’est arrivé tantôt.

Humain #2 – Non, quoi?

Humain #1 – J’étais dans mon cours de yoga quand tout à coup (insérer ici une trentaine de mots qui résument une expérience déplaisante).

(pendant ce temps, dans la tête de l’Humain #2 : Yoga? Je pourrais essayer ça moi aussi. Ha tiens, on dirait que j’ai déjà faim. Mais voyons, c’est pas si grave son histoire… ha! ça me fait penser:)

Humain #2 – C’est rien ça, moi l’autre jour…
(insérer ici une centaine de mots qui ramène le sujet vers soi et viennent bien sèchement couper le sifflet à l’élan de partage de l’humain #1)


Pouet pouet pouet… 

Vois-tu comment une conversation qui avait bon augure et qui était une belle opportunité d’accompagner l’autre dans son besoin de communiquer, s’est vite arrêtée à une banale anecdote de 30 mots. 

Dans d’autres cas, c’est par maladresse qu’on ne communique pas adéquatement. Le partage d’une situation difficile peut bien évidemment faire naître un certain malaise, pour toutes sortes de raisons. C’est là qu’arrivent les phrases pleines de bonnes intentions mais combien maladroites comme: « un de perdu, dix de retrouvés », « ta mère est là voyons, elle te regarde d’en haut » ou « c’était pas fait pour toi, tu trouveras mieux ». Si vous les avez déjà reçues, vous savez que ce type de réponse n’est pas vraiment aidant. 

D’où viennent ces jugements et cette marrée de pensées pendant que l’autre parle? Pourquoi cette impatience à reprendre la parole et à ajouter notre grain de sel? Et si on dédiait notre entière attention à l’autre, avec une bonne dose d’empathie le temps d’une histoire? Ne sommes-nous pas des êtres de relation? Creusons un peu.

La carte n’est pas le territoire

Je vais simplement partager ceci pour commencer la réflexion: écouter l’autre n’implique pas d’être d’accord avec lui… Ça vaut la peine d’être relu. Écouter l’autre n’implique pas d’être d’accord avec lui. C’est bon à réaliser, non? 

« Pour que j’aie raison, tu n’as pas besoin d’avoir tort. »

Auteur inconnu (mais quand même inspiré hein?)

La carte du monde est la notion selon laquelle chacun voit sa version du monde, et non pas le monde tel qu’il est objectivement. Le piège ici est l’illusion que le monde qu’on voit est LA réalité, alors qu’il est plutôt NOTRE réalité. Donc la façon dont on voit le monde nous est unique et varie d’une personne à l’autre selon nos filtres neurologiques influencés par nos valeurs, nos croyances, notre éducation, nos modèles, etc. Cette perception différente et propre à chacun est à la base de plusieurs conflits car en effet, on a tendance à croire que l’autre pense comme nous ou voit les choses de la même façon alors que ce n’est pas le cas (Ex: « Voyons, pourquoi ne maide-t-il pas, il voit bien que j’ai besoin d’aide! » ou « Elle ne m’a pas saluée, elle est fâchée »). 

Pour faire évoluer notre carte du monde, il faut d’abord avoir conscience qu’elle existe. On enrichit ensuite notre carte du monde grâce à de nouvelles informations et expériences. Comme quoi une communication riche et sincère avec les autres a un potentiel immense sur notre évolution et notre vie. 

L’écoute active

Pas étonnant cette lacune dans nos habiletés relationnelles, faut dire qu’on ne nous enseigne pas grand chose sur l’écoute active dans le parcours académique traditionnel. Et dans une société où tout va vite et où on communique de plus en plus du bout des doigts plutôt que du bout des lèvres, les occasions de pratiquer l’art d’écouter peuvent se faire rares. Bien écouter est pourtant à la base des relations humaines. D’ailleurs, l’écoute est l’une des qualités interpersonnelles les plus recherchées tant chez les leaders d’entreprises qu’en amitié ou en amour.

Le terme écoute active a été développé par Carl Rogers (psychologue américain). On la définit comme une technique de communication où on questionne et reformule pour s’assurer de la bonne compréhension du message de l’interlocuteur. Elle permet d’installer la confiance et d’éviter d’interpréter ou juger ce que vous dit l’autre. Grâce à ce type de communication, on évite de donner les conseils à l’autre (ceux-ci sont de toutes façons influencés par notre carte du monde) puisque l’écoute active conduit souvent celui qui parle à pouvoir régler par lui-même ses problèmes. On a donc tout intérêt à pratiquer l’écoute active, que ce soit pour des raisons profesionnelles ou personnelles

L’écoute active implique un savoir faire (techniques pratiques et capacités pour réaliser une tâche) mais aussi un savoir-être (qualités personnelles et attitudes, souvent liées aux valeurs) et c’est cette complexité qui la rend peu naturelle pour plusieurs. Mais comme pour tout, rassurez-vous, ça se développe!

Et maintenant, comment faire?

Ok, à ton prochain événement social, met-toi au défi de suivre les propositions ci-dessous, le temps dune conversation ou deux. Sois curieux de ce que ça va éveiller chez toi et chez l’autre. Tu verras, on y prend goût.

1.PRATIQUER l’écoute silencieuse.  
Laisse l’autre parler, en silence, tout en lui envoyant des signes que tu reçois bien ce qu’il/elle dit. Les signes peuvent être un regard soutenu, un hochement de tête et des petits mots ou sons (hum hum, ok..).

2.CLARIFIER
Identifie une phrase qui est un peu vague et pose une question pour avoir plus d’information et ainsi enrichir le partage. Par exemple : « Tu dis que a détesté ce travail, qu’est-ce que tu as détesté exactement? »

3.FAIRE LA GUERRE AUX « MAIS ».
Fais attention aux « mais » dans tes échanges. Tu remarqueras que transformer les « mais » en « et » change complètement le sens d’une phrase. L’utilisation du « mais » amoindrit la première partie de la phrase et implique directement qu’on est en désacord avec le propos. Regarde la nuance:

Humain 1- J’ai envie de foncer et enfin changer d’emploi, ça fait longtemps que j’y pense.
Humain 2 – Oui mais penses-tu que c’est la bonne décision?

OU

Humain 1- J’ai envie de foncer et enfin changer d’emploi, ça fait longtemps que j’y pense.
Humain 2 – Oui et penses-tu que c’est la bonne décision?

Bienfaits

En plus des bienfaits positifs qu’écouter pleinement amène dans nos relations ineterpersonnelles, ça nous ramène dans l’instant présent et du même coup, réduit le stress en diminuant le rythme cardiaque. C’est pas rien!

Pour la personne écoutée, avoir un espace sincère et bienveillant pour mettre des mots sur ses expériences déclenche inévitablement des prises de conscience. Ces prises de conscience font du chemin et des décisions en découlent, confirmant ainsi le pouvoir sur sa propre vie et redorant au passage son estime de soi. Tout le monde est gagnant.

En conclusion…

Accueillir l’autre avec une écoute bienveillante et sincère.
Écouter avec ses deux oreilles mais aussi avec son coeur.  
Permettre à l’autre de laisser monter ses propres réponses.
Écouter comme seul un humain sait le faire.
Parce qu’un prochain tantôt, l’autre c’est nous.

Prêt, pas prêt, go!

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